Pourquoi je choisis systématiquement les caisses automatiques

J’entends souvent dire « ah moi je vais jamais aux caisses automatiques ; ça prend le travail des caissières »

Lorsque je vois la fierté qu’affiche généralement mon interlocuteur lorsqu’il sort ça, ça me met hors de moi.

Si l’intention est noble, je trouve que cet acte militant revient surtout à se mettre le doigt dans l’œil, jusqu’au coude.

Tu sauves des emplois, vraiment ?

Refuser d’utiliser les caisses automatiques, c’est seulement retarder de quelques minutes peu l’évolution actuelle des sociétés.

Il y a de moins en moins d’emplois, et le taux de chômage ne va cesser d’augmenter. On s’inquiète en France de nos 10 % de taux de chômage. Quand on regarde les >20% de la Grèce et les >15% de l’Espagne, on se dit qu’on est loin du compte.

Je me demande pourquoi les présidentiables continuent à mettre la réduction du taux de chômage dans leurs promesses de campagne.

L’automatisation va continuer ; elle est inéluctable. On la voit partout :

  • radars automatiques,
  • écrans pour passer sa commande chez McDo, Burger Kind et consorts,
  • distributeurs devant les pharmacies,
  • machines pour faire diverses opérations à La Poste,
  • montée d’Amazon aux dépends des « petits libraires »,
  • usage croissant du drive pour faire ses courses,

et encore, je ne parle ici que de la partie visible de l’iceberg.

J’ai travaillé deux fois en usine, à un an d’intervalle. On peut penser que l’usine est un milieu déjà très automatisé, mais en réalité il y a encore du progrès à faire. En un an j’ai vu la chaîne qui fourrait les éclairs au chocolat s’améliorer et supprimer un emploi. Auparavant, deux personnes devaient se trouver devant le tapis roulant pour ranger les « coques » (la pâte à choux) dans un rail en métal afin que les éclairs soit fourrés. Une personne suffit dorénavant à vider les coques sur le tapis roulant, qui les aligne automatiquement 6 par 6.

Ma mère, qui a travaillé pendant la plupart de sa carrière en tant que secrétaire-comptable ne trouve plus de travail dans ce secteur, depuis plusieurs années déjà. Les logiciels sont devenus plus intuitifs, les chefs d’entreprise, comme tout le monde maintenant, savent se débrouiller avec un ordinateur, et les programmes de gestion commerciale et de comptabilité intègrent maintenant une partie des règles qui autrefois devaient être stockées dans le cerveau d’une personne compétente.

Cette automatisation grandissante de tous les secteurs d’activité a beaucoup d’inertie, et en aucun cas ne se limite pas à ce qu’on voit à l’œil nu quand on va faire ses courses chez Carrouf.

Tu aimes discuter avec ta caissière, vraiment ?

J’entendais, encore l’autre fois, sur Radio Classique ou un truc comme ça, un interviewé dire qu’il « aimait discuter avec la caissière de son Franprix, lui demander si elle avait des enfants, etc. »

Putain mais la blague !

Ça fait certainement bien en interview, pour montrer que tu sais « apprécier les choses simples de la vie […] ouais moi je crois beaucoup à ça […] bla […] bla […] bla »

Mais honnêtement, qui aime discuter avec une caissière ?

A moins d’aller chez BioCoop, la plupart du temps, la nana va tirer la gueule. Et c’est bien normal : c’est pas marrant le métier de caissière.

Certaines personnes défendent le fait que, pour les petits vieux, c’est la seule source d’interaction dans une journée. Et c’est cool de ne pas vouloir que les vieux se retrouve tout seuls, mais est-ce que ce ne serait pas un problème qui devrait se traiter en tant que tel ?

Ça s’accélère

La destruction d’emplois par l’automatisation n’est pas un processus nouveau.

Je me rappelle, déjà en 2004, en cours d’Espagnol, ma prof de 3ème nous faisait étudier des dessins qui critiquaient la suppression d’emplois par les machines. Et La fin du travail date de 1997 déjà.

La différence aujourd’hui, c’est que l’intelligence artificielle est là. Les robots savent détecter des bords et, rien que ça, ça va changer beaucoup de choses. L’automatisation va prendre une ampleur tout autre, et pas mal de gens regretteront la belle époque où il n’y avait en France « que » 10% de chômage.

Et, l’automatisation est une chose, mais il y en plus de ça l’effet le-gagnant-prend-tout, qui s’amplifie.

Pour reprendre l’exemple qu’utilise Nassim Nicholas Tabel dans son livre « Black Swan » : début XXème, les chanteurs locaux ont été évincés par l’arrivée de l’enregistrement. Il est plus que probable qu’il en aille de même pour tout un tas de domaines, à commencer par la formation.

Quiconque a un accès à internet a aujourd’hui accès à des cours de l’université de Stanford (rien que ça !). Il a aussi accès à la Khan Academy, ce projet soutenu par Bill Gates pour rapprocher les meilleurs profs du monde des élèves du monde entier.

Pour avoir pris des cours de statistiques sur cette plate-forme, je dois dire que c’est déjà pas dégueu. Et pour avoir appris la programmation en autodidacte sur OpenClassRooms avant d’aller à la fac (à l’époque où ça s’appelait encore Le Site du Zéro), je fais le triste constat que les cours de C/C++ et de développement web étaient 18 fois mieux sur internet que dans l’institution. Ils étaient plus exacts, plus précis, tout en étant plus motivants. Quant aux cours d’anglais, n’en parlons même pas : ils ont pour moi été certaines années tellement pathétiques qu’il m’aurait mieux valu sécher les cours et juste regarder des séries en anglais.

il faut encourager la destruction d’emplois

Les gens qui refusent les caisses automatiques sont un peu comme Don Quichotte contre ses moulins : dans le déni.

Les robots sont là ; il faut accepter la réalité pour pouvoir réfléchir correctement, et enfin agir en toute lucidité.

Il faut encourager la destruction d’emplois, car les problèmes trouvent beaucoup plus facilement leurs solutions quand suffisamment de personnes sont concernées par le problème.

A titre d’exemple, le rapport du Club de Rome a été publié il y a 45 ans déjà, et pourtant c’est seulement aujourd’hui qu’on commence à réellement s’intéresser au désastre écologique… Pourquoi aujourd’hui ? Simplement parce qu’on commence à réellement ressentir les effets du changement climatiques (« y’a plus d’saison » / inondations / canicules / migrations des oiseaux qui changent / …). Donc à se sentir concernés.

Actuellement, le chômage touche encore une part trop faible de la population pour qu’on se préoccupe réellement de trouver des solutions.

Le travail a été érigé en valeur il y a bien longtemps. Pourquoi ? Pourquoi y aurait-il eu à un moment besoin de faire du travail une valeur si son utilité avait d’emblée été évidente ?

On travaille trop, depuis longtemps déjà, et on travaille mal. Je trouve toujours amusant de regarder certaines statistiques, notamment la part des employés qui jugent leur travail « inutile ».

Mais on ne sait pas vivre sans travailler : on a besoin de ça pour avoir une identité car, sans ça, à la question « tu fais quoi dans la vie ? », on serait forcé de répondre « je suis… rien« . D’ailleurs, j’en reviens pas que Macron ait été attaqué lorsqu’il a parlé de « ceux qui ne sont rien » : c’est quand même pas lui qui a formalisé la langue française.

D’ailleurs, en parlant de Macron, vers quoi nous amène-t-il ? Je ne suis que de très très très loin la politique, mais il me semble que c’est vers une pauvreté laborieuse à l’anglaise.

Ça fait rêver…

Prolongements

L’homme qui avait réussi à faire sourire une caissière fera l’ouverture du festival de Montreux

Les livraisons, elles aussi, vont être effectuées par des robots :

Les robots peuvent cuisiner :

Les robots peuvent jouer du Nirvana :

mais pas que :

ils peuvent aussi ouvrir des portes :

NEXT, la série de la collapsologie :