Pourquoi ScuttleButt est un réseau si réconfortant

Un réseau humain

Tout dans ScuttleButt a été pensé pour tourner autour de l'humain.

  • La modération est 100% humaine.
  • Le stockage des données est réalisé par des particuliers et non par des entreprises.
  • La mise en contact des gens entre eux se fait par des gens qui ouvrent des "pubs" (oui oui, comme des bars).
  • Les informations peuvent partir de n'importe quel noeud ; il n'y a pas de centre d'émission excessivement puissant.

Des ailleurs retrouvés

Avec internet toute page s'accède en un clic.

Et avec mondialisation, virtuellement toute partie du monde est accessible en quelques heures de vol.

Sans vouloir leur faire de publicité, l'idée que l'humain "a besoin d'horizons", qu'il a besoin d'ailleurs, est une idée que j'amais bien dans le programme de Solidarité et Progès (dont Jacques Cheminade était le candidat à l'élection présidentielle).

Dans ScuttleButt, tout n'est pas accessible facilement : il faut être un minimum connecté avec la personne qui produit un contenu pour pouvoir y accéder. Il faut être "proche". Cette proximité ne se calcule certes pas en kilomètres, mais en nombre de poignées de mains. Pour autant, cette inaccessibilité de certains contenus redonne un peu de mystère au monde.

Le droit de ne pas savoir

Les plateformes de contenus type Facebook, Youtube, Instagram, etc. du fait de leur modèle économique basé sur la publicité, ont besoin qu'on passe un maximum de temps sur les réseaux sociaux, afin maximiser le nombre de publicités vues, et ainsi engranger un maximum de paiements de la part des entreprises qui annoncent sur leur plateforme.

Pour nous faire passer un maximum de temps sur leurs plateformes, elles nous suggèrent des contenus.

On peut trouver ça cool en première analyse - qui n'aime pas découvrir de nouvelles choses ? - mais, il y a de gros effets pervers à ça :

Le premier effet pervers, c'est que les contenus sont choisis par une institution qui a le pouvoir de choisir arbitrairement quel contenu elle va suggérer. Ou quel contenu elle va afficher, ou masquer.

Par exemple, Facebook peut faire ça pour 2,1 milliards d'individus. Sacré pouvoir médiatique. Pouvoir dont Facebook aurait vraissemblablement déjà fait usage, en diminuant considérablement la portée des publications de la gauche radicale, et trop soudainement pour que ça passe inaperçu.

L'autre effet pervers, c'est qu'on n'a souvent rien demandé.

Quand on ouvre l'appli Youtube sur son téléphone pour aller y écouter une musique, est-ce qu'on as envie de voir les contenus proposés en page d'accueil ?

Pas toujours.

Mais on n'a pas le choix : l'interface est tyrannique ; elle nous dicte nos comportements.

Elle choisit à notre place.

On n'a plus "le droit de ne pas savoir", comme le tourne Alexandre Soljenitsyne dans son discours d'Harvard de 1978 intitulé "Le Déclin du Courage" et dont vous pouvez écouter une lecture ici.

Alors, certains argueront qu'on a toujours le choix, mais c'est très mal connaître l'être humain et c'est, avant tout, croire dans le libre arbritre.

Quelle connerie cette idée de "libre arbitre".

Je sais pas qui a inventé cette histoire mais elle bien pourrie.

Si la manipulation ne fonctionnait pas, il n'y aurait certainement pas de budgets publicitaires aussi démesurés. Surtout que ce secteur d'activité a parfaitement les moyens de tout mesurer de façon très scientifique, avec les tests A/B, et surtout ceux de Facebook Ads : Facebook sait tellement de chose sur tout le monde que sa régie publicitaire rend les annonceurs parfaitement capables de définir 2 audiences complètement similaires, en éliminant, avec un degré de certitude probablement hallucinant, toute covariable potentielle.

Après il n'y a plus qu'à laisser les algos, optimisés par intelligence artificielle et big data, organiser la diffusion des publication et trouver les publicités et les audiences les plus efficaces. Dès 50 conversions, l'algo a trouvé le vainqueur de l'A/B test.

Un pouvoir d'expression partagé

Pas de publicité => pas de Cambridge Analytica => pas d'élection à la Trump

Avec ScuttleButt, il sera plus dur de nous dire pour qui voter.

ScuttleButt va même encore plus loin que ça - et c'est proprement hallucinant - car, du fait de son architecture, il est même impossible de savoir combien de personnes sont sur le réseau, ni qui y est.

L'info se répand sous forme de rumeur. On peut en avoir peur, car le mot "rumeur" est généralement connoté négativement, mais il est possible dans ScuttleButt d'agir sur une rumeur : en choissant de blocker pour soi les gens qui les répandent, on protège en parti son cercle d'amis de sa diffusion.

Comme l'écrivait un webzine anar intitulé AQNI que je vais citer maladroitement d'après ma mémoire :

La "liberté d'expression" est un concept fallacieux. Seul existe le "pouvoir d'expression", et celui est un rapport de force social.

Je ne sais pas chez qui ils étaient allés chercher ça, mais je trouve ça on-ne-peut-plus pertinent.

Prévu pour résister à une apocalypse zombie

De part sa structure complètement décentralisée, l'information n'a pas point névralgique.

En cela, ScuttleButt fait mieux que Diaspora et Mastodon qui, eux, sont simplement "distribués", donc ont plusieurs petits points névralgiques au lieu d'un seul gros.

Avec ScuttleButt, l'information peut se transmettre de n'importe quelle façon : internet classique, mais aussi Wifi, Bluetooth, antennes radio, sneakernet (internet par transmission de la main à la main de clefs USB), ou encore pigeons voyageurs (le célèbre protocole IPoAC).

Dominic Tarr dit en blaguant que ScuttleButt peut résister à une apocalypse zombie, mais c'est lourd de sens, car l'apocalyse zombie étant le pire scénario imaginable, si un système peut y résister, alors il peut résister à tout, y compris, par exemple, a un effondrement politique ou économique.

Enfin le storytelling qui nous manquait

Pablo Servigne, le célèbre collapsologue, parle beaucoup de storytelling, et de l'importance d'imaginer d'autres scénarios.

On retrouve ce genre de propos chez Alain Damasio également.

Je crois bien qu'ils ont raison : les histoires qu'on se raconte en permanence à soi-même façonnent complètement le monde, comme l'explique si bien Tom Asacker dans ce TEDxCambridge 2014 intitulé "Why TED Talks don't change people's behaviors".

Avec sa proposition éminemment politique (tout est politique de toutes façons), ScuttleButt s'inscrit dans un imaginaire à la fois :

  1. profondément plus optimiste ceux proposées par les théoriciens des effondrements,
  2. beaucoup plus désirable que ceux proposés par :
    1. les cornucopiens membres de la caste des dominants, type Laurent Alexandre, qui posent comme absolument inévitable l'idée que l'humain va fusionner avec l'IA
    2. les idéalistes du projet Venus qui semblent vouloir faire un URSS bis, où tout est rationnalisé à l'extrême, et a été décidé d'avance par l'idéologue Jacques Fresco

L'imaginaire mille fois plus positif auquel semble adhérer une bonne partie de la communauté ScuttleButt, c'est celui, très récent (2008), du solarpunk, dans lequel l'humain est réconcilié avec la nature, et vit en harmonie avec elle.

Une esthétique organique

Le mouvement solarpunk, dans lequel ScuttleButt s'inscrit, est fortement inspiré du mouvement Art Nouveau du début du XIXème siècle : tout est très dans la courbe, très organique.

Imaginez un monde dans lequel tout serait aussi joli que les monuments de Gaudi visibles à Barcelone.

Pensez aux earth ships du "garbage warrior" Michael Reynolds

Tapez "solarpunk" dans DuckDuckGo Images et prenez-en plein les yeux.

Where all the good people go

Il n'est pas surprenant alors que trouver sur ScuttleButt essentiellement des constructeurs de géodomes, des gens qui montent des FabLab, ou participent à des SELs basés sur des systèmes monétaires de crédit mutuel, des membres de la monnaie libre G1, etc.

Et c'est aussi ça qui est très cool dans ScuttleButt actuellement : on y trouve pas mal de "like-minded spirits".

Vous vous souvenez les débuts d'internet ? Si, rappelez-vous : à l'époque où c'était marrant.

Et les débuts du covoiturage ? A l'époque où on ne rencontrait pas monsieur Tout-le-monde, mais que des gens prêts à changer le monde.

Eh bah ScuttleButt pour l'instant, c'est un peu ça.

D'ailleurs, ScuttleButt a été inventé par un mec qui vivait sur son voilier parce qu'il était convaincu que payer un loyer est une arnaque. Un mec qui n'a jamais accepté de s'insérer dans ce que le monde capitaliste avait à proposer. Dans le doute, il a quand même essayé 18 mois, pour finalement conclure : "c'est pas pour moi".

C'est probablement pour ça que j'affectionne autant ce réseau.

Obstacles conceptuels à surmonter pour passer à ScuttleButt

Les paradigmes de ScuttleButt sont différents des plateformes auxquelles vous avez l'habitude.

Les éléments suivants peuvent vous dérouter :

  1. Il vous faut un compte par appareil.
  2. Vous n'avez pas besoin de mot de passe : votre clef publique est générée automatiquement.
  3. Les premières synchros sont longues ; ça va vous surprendre. ScuttleBut télécharge les nouvelles de vos amis par ordre chronologique : il commencence donc par télécharger les premières choses que vous avez manqué puis continue jusqu'à atteindre la date et l'heure actuelle. A l'inverse Facebook télécharge par ordre anti-chronologique.
  4. Un "pub" n'est pas un serveur mais plutôt comparable à la célébrité du village, qui connait plein de gens, les présente les uns aux autres, et répète les commérages.
  5. Vous ne pouvez pas supprimer vos publications. Mieux vaut donc réfléchir avant d'écrire. Mais bon, ça ça a le mérite de casser une illusion de contrôle présente sur les autres réseaux, sur lesquels il peut y avoir copie d'une information par les autres utilisateurs (capture d'écran), même sans votre consentement.
  6. ScuttleButt ne remplacera pas Messenger ou Whatsapp. Si vous voulez une messagerie permettant l'instantanéeité, allez regarder du côté de Signal ou Telegram.

Envie d'en savoir plus ?

Regardez cette superbe présentation de ScuttleButt au BreizhCamp

Restaurant avec une ambiance SolarPunk