TUTO : Comment être un profiteur au RSA

Vous avez entendu dire que les allocataires des minimas sociaux étaient des profiteurs, mais vous ne comprenez pas : vous êtes vous-même au RSA et vous avez l’impression de tout sauf de profiter.

Pas de thune, pas de statut social, pas de sorties entre amis : comment profiter quand on est au RSA ?

Suivez ici les conseils d’un mec qui vit avec peu de ressources depuis 5 ans.

Comment Accéder au plaisir sans argent ?

Le RSA, c’est grosso merdo 485 € par mois.

Comment vivre avec si peu ?

Plan budgétaire n°1 : en vivant chez les parents

Prenons ici le cas dans lequel vous vivez chez vos parents, mais avez une caisse.

Vous avez le permis et une voiture depuis plusieurs années, mais à chaque fois que votre ratio malus/bonus diminue, votre assurance augmente sa base forfaitaire. Du coup, malgré toutes ces années de fidélité auprès de l’entreprise la plus cotée au CAC-40, vous payez toujours 50€/mois.

Votre voiture est une essence mise en circulation avant l’an 2000, ce qui vous interdit de remplir votre réservoir à carburant avec du SP95-E10, moins cher, mais qui endommagerait le moteur. Votre voiture est vieille, vous n’avez pas fait la vidange depuis 2-3 ans, le filtre à air n’a pas été changé et les pneus sont lisses : votre voiture consomme donc en moyenne 7 litres pour 100 km.

Vous faites en moyenne 33 km par jour, parfois pour voir des amis, mais essentiellement juste pour sortir de chez vous, afin d’éviter de déprimer entre les 4 murs blancs de votre chambre.

Vos dépenses de carburant s’élèvent donc à :

(33km/j) * (30,4 jours/mois) * (7L/100km) * (1,500 € /L)

Soit 105 € de carburant par mois.

Votre abonnement téléphonique chez Free vous coûte 2 € par mois.

IntituléOpérationSolde
RSA+484 €484 €
Bouffe-200 €284 €
Assurance voiture-50 €234 €
Carburant-105€119 €
Abonnement téléphonique-2 €117 €

Il vous reste donc 117€ pour vivre, que vous pouvez utiliser deux fois pour sociabiliser chaque semaine, à raison de 13€ la sortie, soit un kebab (6,50 €) et une pinte de bière (6,50 €).

La bouffe peut aussi être une variable d’ajustement : pensez Carrefour Discount, Eco+, Liddle, etc. Profitez des éventuelles promotions des produits en fin de date qu’offrent certaines grandes surfaces. Et si vous avez la motivation, pratiquez la récup des produits en DLUO jetés à l’arrière des magasins et allez glaner sur les fins de marché

Plan budgétaire n°2 : en louant un logement

Cette fois ci pas de voiture, mais un appartement, genre studio.

Difficile d’estimer les dépenses de logement. Avoir un appartement est un coût : loyer, eau, électricité, charges de copropriété, etc. Et c’est un coût qui diffère beaucoup d’une ville à l’autre. Bien-sûr, il est impensable de vivre à Paris. Dans le reste de la France, c’est faisable, d’autant que l’allocataire RSA dispose, en plus de la traditionnelle APL, d’un forfait logement, de 66 €.

Il s’agit ici de compenser la dépense supplémentaire en n’ayant pas de voiture.

Ça peut donner quelque chose dans ce bout là :

IntituléOpérationSolde
RSA avec forfait logement+550 €550 €
Loyer + charges-350 €200 €
APL+225 €425 €
Eau-15 €410 €
Electricité-15 €395 €
Bouffe-200 €195 €
Abonnement internet + téléphone mobile (Free)-25 €170 €

On peut donc se loger pour 90 € seulement, et ne pas avoir de voiture nous laisse un peu plus de reste-à-vivre ici. Mais il faut penser aux impondérables et aux à-côtés : savon, shampoing, liquide vaisselle, sacs poubelle, etc.

Plaisirs pas chers

Deuxième loi de la physique : tout ce qui est cool à faire coûte plus de 8,00 €.

— Je sais plus quel personnage de BD ou dessin animé (Kid Paddle ? South Park ?)

Dans son livre Reinventing Collapse, Dmitry Orlov nous apprend que, pendant la crise qui a précédé l’effondrement de l’URSS, les russes avaient développé un art de vivre qui consistait à profiter du temps libre pour voir ses amis et lire.

Il peut être compliqué de « sortir » pour voir vos amis, si on vous propose sans arrêt des sorties payantes : bar, resto, etc. Plusieurs possibilités s’offrent alors à vous :

  1. demander simplement un verre d’eau lorsque le serveur prend la commande de la table
  2. changer d’amis

Vous seriez surpris de connaître le nombre de personnes qui sont en galère de thunes et qui adoreraient pouvoir passer des bonnes soirées sans dépenser d’argent ☺

Votre nouvelle amie, ça pourrait même être la chanteuse Sia ! Eh oui, ne nous dit-elle pas « Baby je n’ai pas besoin de gros billets pour m’amuser ce soir ; j’aime les plaisirs pas chers » ?

Ou encore la chanteuse Gala, qui affirme n’être pas attirée par les mecs qui accumulent les richesses matérielles, et aux winners préfère les mecs avec des convictions fortes, probablement anarcho-syndicalistes :

Comment être en bonne santé sans dépenser un sou ?

Alors, bien-sûr, une alimentation à bas coût n’est pas une très bonne alimentation. Le discount ne s’est jamais vanté de rendre les gens vigoureux et en bonne santé.

Mais pas d’inquiétude !

L’alimentation joue certes un rôle dans la santé, mais pas autant que le stress et la sédentarité, qui sont deux choses que vous pouvez éviter beaucoup plus facilement que la majorité de la population.

La sédentarité est une de nos grandes maladies de civilisation. Elle provoque toutes sortes de dérèglements dans l’organisme, notamment au niveau de l’insuline. Les employés de bureau (surtout provinciaux) la connaissent très bien, car il sont obligés d’avoir recours aux stimulants habituels (sucrerie, café et clope) pour relever un peu leur niveaux de glucose sanguin.

Nous, en revanche, avons la chance de pouvoir échapper à tout ça car, n’étant pas soumis aux contraintes morbides du monde du travail contemporain, nous pouvons passer 1 ou 2 heures par jour à faire du vélo, que ce soit pour aller checker les produits en fin de date au supermarché, ou encore pour aller rendre visite à nos potes glandeurs.

Le glucose sanguin étant mieux régulé par tout ce sport quotidien, il devient plus facile d’arrêter de fumer (si vous êtes fumeur).

Enfin, l’absence de patron, de clients, de contraintes horaires et d’échéances diminue CONSIDÉRABLEMENT le stress. Qui dit pas de stress, dit beaucoup moins de chances d’avoir un cancer.

Beaucoup de jeunes qui entrent aujourd’hui dans le monde du travail ne supportent pas la pression et finissent par partir en burnout. N’enviez pas ceux qui aujourd’hui semblent avoir « une bonne situation » car vous ne savez pas dans quel état ils seront dans quelques années. Vous, en revanche, serez restés souriants, et rayonnants dans notre sobriété heureuse.

Comment développer une estime de soi sans travail ?

Le plus dur quand on n’a pas de travail, ce n’est pas de vivre avec très peu d’argent.

C’est plutôt : ne pas avoir d’identité sociale, se sentir inutile et s’imposer de soi-même une exclusion sociale, par honte d’être incapable de répondre décemment à la question « tu fais quoi dans la vie ? ».

Les gens qui peuvent répondre à cette question ne le font pas en disant « je FAIS », mais « je SUIS ». Je ne « forme » pas des gens : je « suis » formateur. Je ne « soigne » pas des gens : je « suis » infirmière ». Il y a peu,  un président français a très bien révélé cette perversion de notre langue en parlant de « ceux qui ne SONT rien ». Je dis « notre langue », mais c’est la même chose dans d’autres, en anglais notamment. Si vous connaissez une langue qui exprime l’idée d’exercer une activité sans utiliser le verbe être, n’hésitez pas à le partager en commentaire.

Parmi les personnes qui peuvent vous reprocher votre inaptitude à trouver du boulot (ou votre refus d’en chercher), il y a notamment vos parents. Ils seront d’autant moins compréhensifs s’ils n’ont encore jamais connu de longue période de chômage.

Comment, dans une telle ambiance (de merde, il faut bien le dire), être serein et développer une bonne estime personnelle ?

Ils travaillent ? Y a pas de quoi être fier…

Si les gens qui bossent que vous rencontrez passent peut-être leur temps à essayer de vous rabaisser, c’est probablement parce qu’ils n’assument pas les nuisances qu’ils génèrent.

La preuve par Didier Super :

Vous êtes visionnaire

Vous êtes dans une situation que de plus en plus de gens vont connaître dans les années à venir. L’intelligence artificielle arrive très vite et la destruction massive d’emploi qu’elle va entraîner va tôt ou tard forcer les gouvernement à décider la création d’un revenu universel d’existence.

Les candidats à la présidentielles en parlaient durant l’élection de 2017. Dans la mesure où les politiques ont toujours pas mal de retard sur l’évolution de la société, on peut dire que c’est déjà bien dans l’air du temps.

Franchement vous êtes bien sympa

Que se passerait-il si vous cherchiez du travail plus intensément ?

Cela créerait davantage de stress pour les travailleurs, dont les employeurs pourraient dire « si t’es pas content, il y en a 20 des comme toi qui veulent prendre ta place ». Bien-sûr, ils le disent déjà, et ce n’est pas chose nouvelle.

Sur n’importe quel marché, la concurrence fait baisser les prix, et le marché du travail n’échappe pas à cette règle. La seule chose qui nous sauve en France est le salaire minimum.

Mais n’allez pas distribuer des CVs, car cet acte accentuerait davantage le sentiment de position dominante qu’ont déjà les employeurs, les autorisant à être davantage exécrables avec ceux qu’ils appellent maintenant avec ironie leur « collaborateurs ».

Soyez fier de la générosité dont vous faites preuve en acceptant de ne pas chercher de travail.

Dans les moments de doute répétez vous en boucle ces paroles de Didier Super :

Du travail il y en a pas pour tout le monde. Heureusement que les chômeur le laissent à ceux qui en ont besoin. (Dis-moi, Didier Super)

Il faut bien du courage pour faire ce que vous faites

Il faut du courage pour refuser les normes de la société, et vivre en dehors. Respect.

L’écologie c’est votre dada

Toute activité économique est par nature polluante (lol, le jeu de mot, vous avez compris ? nature, polluante, haha, bon, ok, j’arrête), par nature polluante je disais donc, et vous qui consommez par nécessité très peu, vous êtes on-ne-peut-plus écolo. Un bobo parisien qui fait du vermicompost dans sa cuisine vous regarderait avec envie.

Vous êtes vlà plus créatif que la moyenne

Dans son livre The Toilet Paper Entrepreneur, Mike Michalowicz raconte comment des entreprises qui avaient le moins de ressources ont fini par dominer leur secteur, grâce au surplus d’inventivité dont elles ont dû faire preuve pour faire plus avec moins.

De la même façon, le manque de ressources a développé, développe, et continuera de développer votre créativité.

En cuisine, vous apprendrez l’art de faire une putain de bonne sauce alla bolognese en utilisant seulement un oignon, 800 g de viande hachée surgelée Carrefour discount, du concentré de tomate, du bouillon de bœuf, un peu d’ail, herbes, épices, etc. Voilà du temps libre savamment mis à profit : vous savez maintenant faire feu de tout bois. Vous êtes le MacGyver de la cuisine.

Besoin de vous meubler ? Allez récupérer quelques morceaux de cartons triple-cannelure, à l’arrière d’une grande surface, ou en ville, la veille au soir du jour du ramassage des ordures, coupez vos cartons à mi-hauteur, encastrez un morceau dans l’autre, 2-3 points de colle, de la peinture et PAAAF ! vous avez un siège Ming.

Niveau loisirs, rien de mieux que l’ennui pour développer la créativité. Si vous arrivez à ne pas tomber dans le piège qui consiste checker votre fil d’actualité Facebook toutes les deux secondes, ou à sombrer dans le visionnage de séries télés ou les jeux vidéos, tout ce temps libre peut être mis à profit.

Vous êtes plus résilient

Plus le temps passe, plus la structure du monde dans lequel rend ce dernier de plus en plus susceptible aux crises en tous genres. C’est ce que nous apprend Nassim Nicholas Taleb dans son livre Le Cygne noir : la puissance de l’imprévisible.

Beaucoup de systèmes aujourd’hui ont des risques incalculables de se casser la gueule du jour au lendemain, en entraînant dans leur chutes de larges franges de la population.

Pensez ne serait-ce qu’aux désordres que provoque la grève d’une raffinerie. Pensez à l’impuissance et au stress des salariés qui dépendent du carburant pour gagner leur croûte.

Vous au contraire, avez les mollets musclés et ne craignez pas la pluie. Votre cul c’est du béton et les kilomètres ne vous font pas peur. Une grève de raffinerie  n’a donc pas d’impact sur votre vie.

Il peut en aller de même pour tout un tas d’autres choses : vous pouvez par exemple aménager un potager dans le jardin de vos parents, pour rendre votre famille résiliente à une inflation record qui pourrait se produire du jour au lendemain, en empêchant à moyen terme quiconque d’utiliser son argent pour s’acheter à manger.

Comment répondre à la question « Tu fais quoi dans la vie ? »

Il y a ici deux possibilités, en fonction de l’interlocuteur auquel vous vous adressez.

Si vous rencontrez un inconnu en soirée, en stop ou en covoiturage, n’hésitez pas à vous inventer une vie ! Cela vous fera sortir un peu de votre zone de confort, et développera votre imagination. Surtout : ça peut être très marrant ! Essayez de varier, et faites dans l’originalité : une fois conseiller en assurance, ambulancier la fois d’après. Soyez précis et pimentez votre récit d’anecdotes croustillantes pour être crédible et divertissant.

Rappelez-vous Jarod dans Le Caméléon :

En revanche, si vous êtes amené à revoir la personne plus d’une fois, ou s’il s’agit d’une personne déjà proche, voire même de vos parents, il s’agit plutôt de donner le change. Vous pouvez bien entendu tenir des discours différents à vos amis et à votre famille, à condition bien entendu que ces deux groupes ne se rencontrent jamais.

Plusieurs possibilités s’offrent à vous. Vous pourriez dire que vous êtes « en recherche d’emploi », mais vous courrez alors le risque qu’on veuille vous aider. A vous l’avalanche de questions du style :

  • tu cherches dans quel secteur ?
  • tu as quelle formation ?
  • moi je connais un traiteur il recherche un serveur en extra le week-end des fois , je peux lui en parler si tu veux

Ces gens peuvent même aller jusqu’à vous transmettre par mail ou Messenger des offres d’emploi pour des tafs pourris, mal payés et avec ça à plus de 100 km de chez vous.

Non, décemment, vous ne pouvez pas prétendre rechercher un emploi.

Mais vous ne pouvez pas non plus dire que vous ne faites rien.

On n’est pas en Grèce ni en Espace : on n’a pas la chance d’avoir un taux de chômage de 25%. Du coup, ne pas avoir de travail est encore un peu en dehors de la norme.

Ce que vous pouvez faire, c’est dire que vous êtes sur un projet très long terme, projet qui ne suscite pas trop de question idéalement, ou à défaut susceptible de susciter uniquement des questions intéressantes.

Par exemple, si vous êtes un peu intéressé par les bouquins, vous pouvez prétendre que vous écrivez un roman. Personne n’ira vous donner des conseils d’écriture, ou vous demander de lire les brouillons de votre livre. A la limite, les seules personnes qui continueront de vous parler seront les personnes intéressées par la littérature. Ce pieux mensonge a alors un double intérêt : obtenir la paix, et filtrer les personnes intéressantes.

Deux façons de nourrir votre égo

Il vous faut absolument un moyen de nourrir votre ego.

Il y a deux moyens de se sentir valorisé (suivant votre personnalité) :

  1. chercher à être remercié pour votre contribution
  2. chercher à être admiré pour votre talent

Vu comment je le formule, ça semble venir uniquement des autres, mais en fait non : ça peut totalement être réflexif. C’est-à-dire que vous pouvez, en vous regardant dans le miroir, vous dire :

  1. « hey, je suis un type bien »
  2. « hey, je suis pas trop mauvais, ça va »

Je vais m’attarder sur ce deuxième point. Pour avoir l’impression d’être bon, il y a deux solutions :

  1. avoir l’impression d’être meilleur que les autres
  2. avoir l’impression d’être meilleur que le soi-même la veille, c’est-à-dire avoir l’impression de progresser

Utilisez le schadenfreude à votre avantage

Le schadenfreude est tout simplement le plaisir que l’ont ressent quand on voit quelqu’un d’autre se planter.

C’est le mécanisme psychologique qui tourne à plein régime dans Vidéo Gag.

Vous pouvez trouver sur Youtube des vidéos pour vous remonter le moral. Tapez simplement « top worst » et c’est parti !

Exemple ici avec les 20 erreurs les plus stupides commises par des gardiens de foot :

Il vaut mieux glander devant ce genre de bêtises que devant Facebook. Ça vous procurera une meilleure estime personnelle. En effet, vos amis partagent toujours leurs réussites (photos de vacances, soirées, nouveau travail, etc.) mais jamais leurs échecs. Ils ne parlent pas des innombrables moments où ils se font chier dans leur vie. Le problème avec Facebook, c’est que vos amis vous donnent une image très biaisée de leur vie : l’herbe semble chez eux très très très verte. Elle ne l’est pas.

En plus, vous voyez les succès individuels d’une portion réduite de vos amis, mais ces succès sont compilés les uns à la suite des autres via le fil d’actualité, et ça vous donne l’impression que tout le monde a une vie de ouf, sauf vous. C’est faux : c’est un biais cognitif, un biais d’observation.

Ce biais d’observation est d’ailleurs renforcé par l’algorithme même du fil d’actualité, car Facebook vous montre en priorité les publications qui génèrent le plus d’engagement. Et si un de vos amis partage un lien vers une triste pour faire comprendre à demi-mots qu’il ne va pas bien, sa publication générera tellement peu de likes, commentaires et partages que vous ne la verrez probablement pas.

Mais la plupart des gens ne publient de toutes façons que des contenus valorisants. Une des options qui s’offre alors à vous consiste tout simplement à masquer ces gens insupportables, vous savez, ceux qui se la pètent sur leurs photos de vacances avec leur duckface et leurs Rayban. Ils n’auront pas votre like. Ça leur fera les pieds.

Trouvez quelque chose, n’importe quoi, dans lequel progresser

Moi je me servais de la musique et des mots pour avancer, pour progresser à travers l’existence. Alors quand j’ai perdu ça, j’ai perdu ma capacité à progresser. — FAUVE ≠ REQUIN-TIGRE

Il vous faut occuper une partie de votre temps avec une activité dans laquelle vous avez l’impression de progresser.

La solution de facilité, c’est jouer à un jeu vidéo en ligne dans lequel vos résultats vous donnent un classement, comme Leagues of Legends par exemple.

Mais c’est loin d’être l’idéal car les joueurs peuvent être très désagréables (« salty » comme on dit), ce qui peut vous mettre un peu dans le mal. Par ailleurs, le côté coopératif de ce genre de jeux fait que vous n’avez pas les moyens de vos responsabilités : c’est un des plus gros désavantages du travail salarié ; pourquoi voudriez-vous vous infliger ça ?!

L’autre désavantage de ce genre de jeux, c’est qu’ils reproduisent les mécanismes de compétition de la vie classique en société. La seule différence c’est qu’au lieu d’accumuler les biens matériels pour démontrer votre élévation dans les hiérarchies sociales, le système vous donne un classement : bronze, argent, gold, etc. Quelle est l’alternative à tous ces systèmes de classement par la compétition ? Henri Laborit conseille la fuite dans l’imaginaire.

Moi, je vous suggère des activités dans lesquelles la progression est mesurable, mais ne sert pas à vous classer par rapport à qui que ce soit d’autre :

  • Apprenez une langue avec Mosalingua. La métrique vous est ici directement donnée par l’application, à travers le nombre de mots appris. Essayez aussi LyricsTraining
  • Pratiquez l’ultimate frisbee. Un frisbee 175 g (Discraft ou Eurodisc) coûte moins de 15 €. Un peu plus si vous voulez un frisbee qui brille la nuit. Il y a plein de façons originales de lancer, ce qui vous occupera pendant un bon bout de temps :

    Vous pouvez même rejoindre un club : de tous les sports, l’ultimate frisbee est probablement le sport dont la licence coûte le moins cher. Niveau équipement, il vous faudra seulement une paire de chaussures de sport : crampons si le club joue en extérieur, chaussures de sport classiques si le club joue en salle. Ce sport est auto-arbitré, ce qui fait que les gens que vous êtes susceptibles d’y rencontrer sont plus cools que la moyenne.
  • Apprenez à jouer d’un instrument :
    • l’harmonica diatonique est un instrument très accessible. Un Hohner Silver Star 10 trous en do (C = do) est un très bon instrument pour débuter, et il vous en coûtera à peine 12 €. Pour mesurer votre progression, enregistrez vous avec le micro de votre ordinateur ou de votre smartphone. Vous pouvez aussi compter le nombre de morceaux que vous connaissez.
    • la guitare : vous pouvez en trouver des pas chères d’occasion. Apprendre à jouer correctement un accord de mi-bémol-diminué-avec-une-neuvième devrait vous occuper pendant un bon bout de temps. Croyez en Oz :Oz parle avenir avec Willow, suite à un test de recrutement des services secrets (Buffy contre les vampires)

Publiez du contenu sur le web :

  • Faites un blog et essayez de faire progresser le nombre de visites. Partagez vos articles sur votre profil Facebook, et observez d’une publication à l’autre l’évolution du nombre de clics sur le lien vers votre article grâce à des services comme bit.ly
  • Lancez une chaîne Youtube et suivez la progression de votre nombre de vues.
  • Lancez une page Facebook et surveillez l’évolution de votre nombre d’abonnés.

En marketing, on dit que ces mesures (clics, visites, vues, abonnés) sont des vanity metrics, c’est-à-dire des statistiques qui procurent un ego boost, mais ne participent pas nécessairement à l’augmentation du CA. Ici, puisque c’est justement l’ego boost qu’on recherche, les vanity metrics trouvent naturellement leur place.

Dernière idée : fignolez votre profil Tinder et essayez d’augmenter votre nombre de matches 🤣 Hé oui, la plupart des gens utilisent Tinder pour booster leur ego, alors ne vous gênez pas 😉

Détachez l’estime que vous avez de vous-même de votre (non-)activité

Dans son livre L’estime de soi, Christophe André explique qu’une personne qui a une estime de soi mal construite connaîtra une grande alternance de hauts et de bas, au gré des succès et échecs.

Une estime de soi saine est moins sensible aux conditions extérieures, car elle part de plus profond.

Vous êtes quelqu’un de bien, que vous ayez un travail ou non.

Le travail a été érigé en valeur suprême dans nos sociétés, et ce pour une raison simple : il fallait au moins ça pour que la foule s’y plie.

Dans les moments de doute, rappelez-vous la bonne parole de Tyler :

You are not your job (Tyler Durden, Fight Club)

Prolongements